Les Chroniques de VJC

19 juillet 1961 Bizerte...414 paras sautent sur Sidi Ahmed !

Dès les premiers mois de l'année 1961, alors que dans l'ombre se prépare ce qui sera le putsch des généraux, le président tunisien Habib Bourguiba cherche à consolider son pouvoir contesté, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur de son pays. Profitant des difficultés que rencontre la France avec l'Algérie et ses négociations avec le FLN qui viennent d'être interrompues, Bourguiba renouvelle ses exigences au sujet d'une modification de la frontière Algéro-Tunisienne.Par cela il conteste l'option « Sahara tout algérien », du même coup il exige avec force la restitution de la base stratégique de Bizerte à l'état Tunisien.

Le 19 juillet l'armée tunisienne prend ses positions de combat et met en batterie des armes lourdes, des pièces d'artillerie et antichars. En début d'après-midi un hélicoptère Alouette français est la cible de tirs. Un canon antichar tunisien et installé à l'extrémité de la piste de Sidi Ahmed, un autre à la ferme Vittoz dans l'axe de la piste et des mortiers à la gare de Sidi Ahmed et sur les collines au nord de la base. Dans l'après-midi, 4 Corsairs décollent pour assurer la sécurité de la base ainsi que celle des parachutistes qui sont en route. Vers 18h, les 414 paras du 2e RPIMA commandés par le chef de bataillon Mollo, sautent sur Sidi Ahmed. Les mitrailleuses tunisiennes tirent sur les parachutistes. La seconde vague de paras n'est pas largué du ciel mais débarqué à terre par des Nord 2501. A peine atterri, les transporteurs français sont pris à partie par des armes automatiques et des canons antichars. Deux Mistrals et deux Corsairs décollent alors et neutralisent les canons tunisiens puis mitraillent les positions ennemies. Au soir du 20 juillet, le prix payé par le 2e RPIMa pour le dégagement de la base se monte à 7 tués et 20 blessés. Les bataillons tunisiens comptent 302 tués, 144 prisonniers, 222 armes légères et 24 armes lourdes perdues, y compris le convoi de camions dont beaucoup tractaient un canon, d'abord traité par les Corsair puis laminé par les Mistral et les Aquilon.

Sur la zone B où se trouve la piste de Sidi Ahmed, les Tunisiens bombardent dès les premières heures du 20 juillet et mettent ainsi en danger son utilisation par les appareils français. Au petit matin tandis que des Corsairs et des Mistrals attaquent les positions ennemies, des hommes du 2e RPIMA marchent sur la gare de Sidi Ahmed où ils sont durement accrochés, nécessitant à nouveau l'intervention de l'aviation. La 2e compagnie du 2e RPIMA s'empare du Djebel Chellouf au nord tandis que la 4e compagnie et la compagnie portée progressent difficilement dans le sud. Partout les troupes françaises sortent des enceintes de la base pour desserrer l'étau tunisien.

Au matin du 21 juillet, les unités disponibles des 2e et 3e RPIMA avancent sur Bizerte sans bénéficier ni de l'appui de l'artillerie, ni de celle de l'aviation. Les forces françaises sont divisées en deux sous-groupements appelés Indigo et Patrimoine Gris. Indigo avance en direction de la porte de Mateur. La progression est difficile et les Tunisiens résistent avec force. Mais l'arrivée des renforts du 3e REI qui vient de débarquer à Sidi Ahmed facilite la progression. Patrimoine Gris avance sur la rive sud du goulet. A la fin de la journée la ville européenne est conquise après de violents combats et les troupes françaises atteignent la mer dans la soirée. A la fin de la journée chaque groupement a atteint son objectif et le goulet est dégagé.

Le samedi 22 juillet, le groupement principal reprend sa progression à 8 heures pour s'emparer vers midi des casernes Maurand et Philebert. Dans l'après-midi, les combats sont toujours acharnés. De nombreux centres de résistance doivent être réduits un par un avec l'aide des blindés, notamment avenue Bourguiba. Le 2e RPIMa, appuyée par les 57 SR du 3e RPIMa, attaque le fort d'Espagne dont la porte est enfoncée par les obus des automitrailleuses de Karouba. Malgré des rafales d'armes automatiques postées sur les terrasses de la médina, le 2e s'engouffre dans la cour du fort, qui tombe après un bref et violent corps à corps. Ayant débarqué à l'aube sur la rive gauche du goulet, en baie des Carrières, des éléments du 3e REI se joignent au deuxième groupement pour le nettoyage de Zarzouna et de l'isthme de Menzel Djemil.Dans le cadre d'une action dissuasive contre une éventuelle action de l'ALN, les autres éléments du 3e REI poussent jusqu'au pont de l'oued Tindja et s'assurent des hauteurs avoisinantes. Quant au 8e régiment de hussards, débarqué vers 16 heures, il rejoint aussitôt les positions du 3e REI à l'ouest.

Pendant ce temps, le commando du 3ème RPIMa et la CP se sont assez facilement emparés de leurs objectifs. Ils décident alors de se diriger vers la Médina.Ils y sont accueillis par des tirs nourris d'armes automatiques installés sur les toits et les terrasse de la Médina, plusieurs paras sont touchés. Le capitaine Demetz fait alors installer 2 FM sur le toit d'un immeuble qui domine la Médina. Profitant de cet appui, les paras s'élancent à la réduction des nids de résistance installés ça et là.Ces combats sporadiques vont se poursuivre jusqu'à 23 h et seront stoppés sur ordre par un cessez le feu qui doit prendre effet à 00h00.

La base de Bizerte est dégagée, les combats ont duré 4 jours et 4 nuits, le bilan est impressionnant. Les tunisiens ont perdus 720 tués et 656 blessés, un armement important est tombé aux mains des troupes de Lalande dont 9 canons de 105, 10 de 90 anti aérien, 15 canons sans recul, 20 mortiers, 77 mitrailleuses et FM, 16 armes antichars d'infanterie 1153 armes diverses. La Marine n'est pas en reste, les marins capturent au port 1 escorteur et 2 vedettes rapides avec leur équipage.

Pour le 3e RPIMa, 9 tués et 73 blessés, pour le 2e RPIMa, 17 tués et 40 blessés.

Publié le 19/07/2017

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